Les écrans dans la famille

November 15, 2021


Les écrans sont partout. Dans notre société et dans notre famille, tous les jours, à chaque instant. Nous les utilisons dès la minute où nous nous réveillons, lorsque nos alarmes sonnent, et jusqu'à l'heure du coucher, lorsque nous consultons la météo ou notre agenda, histoire de voir de quoi demain sera fait. Aucun doute : les écrans font partie intégrante de nos existences.

Il y a certains jours où je ne décolle pas de mes écrans. J'utilise mon ordinateur pour préparer mes cours et pour écrire. Je dégaine mon téléphone pour rester en contact avec ma famille, mes amis, mes lecteurs, mes projets, à grand renfort de textos, de photos et d'e-mails. Et le week-end, pour me remettre de tout cela, je m'octroie parfois un petit film ou un documentaire ... sur un écran, évidemment. 😑 L'écran est devenu une constante inéluctable de ma vie. Et je crois qu'il en est ainsi chez la plupart des individus occidentaux.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, et nous pourrions peut-être vivre longtemps dans une sorte de déni ouaté : "Nannnn, mais moi, de toute façon, les écrans : j'arrête quand je veux !! C'est juste que je ne veux pas, voilà. Et puis, je me rassure : ma voisine est tellement, mais tellement pire que moi !". Sauf que : nous avons des enfants. 😅 Du genre futés, les enfants. Ils nous observent et ils comprennent très vite non seulement que les écrans font partie du quotidien et de l'environnement familial (et donc du leur, de plein droit), mais qu'ils présentent un intérêt monumental, un enjeu quasi affectif. Si papa et Maman passent autant de temps à caresser leur petit téléphone, c'est forcément qu'il s'agit d'un objet extraordinaire ... 😏

D'ailleurs, pour nos enfants également, très rapidement, les écrans jouent un rôle de choix dans leur journée : ça repose, c'est ludique, et ça permet même de travailler - et l'incitation souvent explicite des professeurs à utiliser les écrans, que ce soit en classe ou à la maison, on en parle ??? 😒

Je ne connais aucune famille qui n'essaie pas d’endiguer le flot. Mais je ne connais aucune famille qui ne soit pas un peu noyée, soit par ses propres contradictions ("Je passe ma journée devant mon écran, mais c'est pour le travail ! Je ne veux pas que mon enfant fasse comme moi !") soit par la pression sociale ("Comment ça, il faut que tu te connectes pour faire tes devoirs ?"). 
 
La question "Comment gérer les écrans de nos enfants ?" est pour moi une fausse question, parce qu'elle divise, nous isole les uns des autres. Elle dresse le tableau d'une bataille, entre deux camps qui s'affrontent. D'un côté, les enfants, incompétents et inconscients - des infans, étymologiquement incapable de comprendre et de formuler leurs désirs, poreux à toutes les tentations du monde numérique. De l'autre côté, les adultes éclairés, qui savent, ne connaissent ni l'addiction, ni même la tentation, et détiennent une sorte de vérité. D'après cette formulation, c'est à l'adulte, et à lui seul, qu'il revient de "gérer", de l'extérieur, un aspect sensible de la vie de ses proches.
 
Bien sûr, les écrans sont additifs, hautement séducteurs, et bien sûr, ils représentent un danger véritable - en particulier pour les enfants. Mais il me semble qu'on ne peut répondre à cette question, "Comment accorder une juste place aux écrans dans la vie de mon enfant ?" en nous excluant, nous les adultes, de cette problématique. Les écrans, c'est une affaire de famille, et si nous sentons que les choses ne nous conviennent pas, n'est-ce pas le comportement de toute la maisonnée qu'il faut examiner ... ensemble ?


1. Quel geek sommes-nous ? 

(Ceci est un psycho-test 😊)

Dès 6 ans, l'enfant est capable de se servir de toutes sortes de supports visuels et montre déjà quelques préférences pour l'un ou l'autre des écrans présents chez lui : télévision, tablette, smartphone, ordinateur ou console de jeu vidéo. Observons ce qui l'attire. Observons aussi ce qui nous attire, nous, les adultes. 
 
Cela varie :
 
- En fonction des personnalités de chacun : chez nous, à titre d'exemple, Antonin utilise tout son temps d'écran libre en jeux vidéos ; Louiselle joue parfois avec lui, mais je suis sûre qu'elle ne trouverait aucun intérêt à ce média si elle n'avait pas de grand frère. Son truc à elle, ce sont les fictions, et elle aime revisionner des épisodes de dessins animés ou des longs métrages. Mon temps de "loisir-écran" est consacré à ce blog et aux réseaux sociaux qui le prolongent - pendant que mon homme enchaine quelques parties de jeux en réseau pour se détendre, ou visionne un petit documentaire.
 
- Mais aussi selon l'âge : à 4 ans, on réclame des dessins animés ; à 6 ans, on aime les fonctions interactives des programmes sur tablettes et ordi ; à 10 ans, on a soif de communiquer avec ses copains, via SMS et autres WhatsApp.
 
Quel est le profil de mon enfant aujourd'hui ? Et le mien, en tant que parent ? Suis-je attiré par les mêmes médias que ma progéniture, ou pas du tout ?
 

2. Les écrans et nous


C'est inévitable : si nous voulons que notre enfant limite sa consommation d'écran, il va falloir montrer l'exemple. Nous n'aurons aucune crédibilité si nous passons tout notre temps devant les médias ... 😄

Ce n'est pas une prise de conscience facile, mais faisons le compte sans concession. Concrètement, combien d'heures passè-je dans une journée face à un écran ? Si, si, l'écran-travail compte aussi.  Y a pas de raison, il nous expose à la lumière bleue et ramollit nos fesses autant que les heures d'écran-loisir. Pas de concession, j'ai dit. 😉

Selon le site mpedia.fr, un adulte regarde 221 fois son smartphone dans la journée et l'utilise 3h16 en moyenne ... 50% des parents avouent se laisser distraire par l'écran pendant les échanges avec leurs enfants. 36% l'utilisent pendant les repas et 28% quand ils jouent avec leurs petits. C'est vertigineux et culpabilisant, mais qui jettera la première pierre ?
 
Songeons-y la prochaine fois que notre petit réclame un énième dessin animé : oui, les écrans, c'est trop bien. Tout est conçu pour que nous ayons envie d'y revenir, encore et encore. Et pour nous aussi, il est souvent difficile de résister à la tentation ...


3. De la communication

 
Voir la chair de notre chair scotchée aux écrans, cela nous fait quelque chose. Quelque chose de désagréable. Lui, si beau, si vif, zombifié par la machine !! Quel gâchis ! Alors nous réagissons. C'est  un réflexe, on déboule comme un cheveu sur la soupe, rempli d'une colère qui a longtemps couvé, et on explose : "Ça suffit maintenant ! Je t'interdis d'être sur ta tablette plus d'une heure par jour à partir de maintenant !".
 
Évidemment, ce genre d'intervention ne fonctionne jamais, pour tout un tas de raisons - et en premier lieu à cause de notre culpabilité qui ne tarde pas à rappliquer ... Plus grave : quand on exige, commande, donne des ordres, on soumet. L'autre n'a pas droit à la parole, et la communication est coupée. L'enfant voit son besoin le plus fondamental - celui de s'exprimer - nié. Il est fort probable qu'il prendra ses distances avec nous et il continuera même, peut-être, d'utiliser sa tablette en cachette ...

Le parent idéal (qui n'existe pas, mais on a le droit de rêver, hein ? 😏) ne réagit pas. Il ne résiste pas au réel. Il observe, interagit, puis, finalement, en tout dernier, quand plus personne ne s'y attendait, agit (efficacement). Les sages font toujours comme ça dans les grandes productions américaines, vous avez remarqué ? 😄 Ce qu'ils m'agacent. 😅
 
Bon, évidemment, ils ont raison (et c'est peut-être ça, justement, qui est agaçant). Ne pas intervenir "à chaud", ni pas réagir, ne pas agir encore, mais observer inlassablement et communiquer ... Ils ont raison : les solutions ne s'élaborent pas toutes seules, dans le cerveau d'un seul homme, sous le coup d'une brusque inspiration. Elles sont le fruit d'une histoire, d'essais et d'erreurs ... et de multiples discussions. Surtout, surtout, ne pas rompre la communication autour des écrans dans une famille ! 
 
Communiquer, finalement, ce n'est pas très difficile. Si nous aimons les écrans, nous aimerons en parler, échanger et dialoguer sur nos impressions. "Qu'est-ce que tu as pensé de ce film/clip/tuto ? Quel était ton personnage préféré, et pourquoi ? Oh, je vois que tu as commencé ce nouveau jeu vidéo, alors ? Il est difficile ? En aimes-tu la musique, l'univers ?
 
Peu de parents s'intéressent vraiment aux jeux vidéos de leur enfant. Et pourquoi pas ? Ils sont désormais admis comme une discipline artistique à part entière, des expos entières leur sont consacrées, et ils nécessitent le concours de corps métiers prestigieux, du compositeur au graphiste en passant par le mathématicien et le plasticien. De plus, la plupart des jeux vidéos font passer des messages ; il peut être intéressant de connaitre ceux qui tombent dans l'esprit de notre enfant ! Demandons-lui de nous montrer ses jeux, de nous expliquer comment ils fonctionnent. "Ça a l'air amusant, j'ai envie d'essayer ..." Jouons. Oh, rien que cinq minutes. Jouer avec son enfant, c'est toujours un moment de créativité pure, même par manettes interposées. Et puis, au moins, vous rigolerez. Enfin, surtout lui, devant vos difficultés à mener à bien le premier stage. (Ça sent le vécu ... 😄)

Après cette magistrale leçon d'humilité (et cette jolie reconnexion !), nous constaterons que notre colère initiale est tombée. La peur, la déception ou je ne sais quel sentiment négatif qui a tendance à prendre le contrôle de nos actes, s'est tu. C'est alors seulement que nous pouvons parler :  "Tu sais, je suis inquiet de voir le temps que tu passes sur ta tablette. Je comprends qu'elle te passionne, mais qu'aimes-tu en dehors des jeux vidéos ? Qu'est-ce qui t’intéresse, à par cela, je veux dire ?" L'idée est d'engager une conversation sans conséquence sur l'enfant et ses goûts, et si nous savons trouver le bon moment, il sera ravi de nous parler de lui - et de nous raconter sa dernière partie de foot avec ses copains, de nous montrer la partition qu'il est en train de travailler, le livre qu'il vient de commencer, ou que sais-je.
 
La communication autour des écrans et sur les écrans n'a pas pour fonction de régler notre problème tout de suite. Mais patience. En en parlant, nous comprenons tous, adultes et enfants, que face à la séduction malsaine du numérique, nous ne sommes pas seuls. Demandons à nos enfants ce qu'ils en pensent. Demandons-le à notre conjoint. Peut-être les écrans continueront-ils à prendre trop de place dans notre vie, mais au moins, chacun en aura conscience, à son niveau. Il sera temps bientôt de se fixer des défis en famille... et de passer au point suivant. 👇


4. Aidons-nous tous à nous réguler


Les règles pour réguler la consommation d'écran sont connues de tous - et n'ont pas été inventées hier. Elles s'appliquent aussi bien aux adultes qu'aux enfants.
 
I. Réguler les écrans, c'est limiter le temps qu'on y passe.

Antonin m'affirme que chez certains de ses copains, il n'y a aucune limite de temps d'écran. Open bar. J'ai du mal à le croire - mais nous nous accordons tous les deux à penser que ce n'est pas une bonne chose. Que le temps d'écran soit très variable d'une famille à l'autre, c'est normal, bien entendu. Mais  cette notion de "temps d'écran" doit exister, car elle est la condition pour qu'il existe le "temps pour autre chose". Peu importe les limites temporelles que nous nous fixons. Peu importe s'il faut souvent les revoir, les ajuster, les négocier, les réaffirmer. Peu importe ! Mais elles doivent exister ! Ne lâchons rien !

Minutons. Chez nous, tout le monde fait son temps d'écran libre en même temps, et je vous assure qu'il est aussi difficile pour moi de m'arrêter que pour les enfants ! Avant de commencer, on regarde l'heure, on verbalise, on renouvelle notre contrat quotidien : "Nous commençons à tel moment. Donc, à telle heure, il faudra songer à conclure/sauvegarder etc., et cinq minutes plus tard, à telle heure dernier carat, tout le monde aura éteint." Le temps d'écran, ce n'est qu'une portion de notre journée, et nous avons autre chose à vivre !

II. Réguler les écrans, c'est savoir ce qu'on vient y faire.
 
L'anti-zapping n'est pas qu'une attitude face aux écrans ; c'est une posture face à la vie en général, me semble-t-il. 😊
 
Puisque le temps imparti aux écran est compté (cf. point précédent), l'individu est fortement incité à  déterminer à l'avance ce qu'il va en faire. "Ah, j'ai hâte de faire mon temps d'écran, dis-je, j'espère pouvoir finir cet article qui me tient à cœur depuis longtemps. Et toi, que vas-tu faire aujourd'hui ?" On aspire à ce moment de détente, on le rêve, on l'imagine. Antonin m'a même confié qu'il prenait parfois plus de plaisir à anticiper son temps d'écran qu'à le vivre ... N'est-ce pas une idée intéressante ? 😊 
 
Le moment tant attendu est arrivé : hop, on se concentre sur une tâche  : revisionner cet épisode qui nous avait tant plu, mener une recherche précise, finir ce fameux stage - tu sais, celui avec le boss méga costaud ...

On en profite pour s'installer confortablement - on allume la p'tite lampe, on règle le son, on tapote les coussins ... Ne pas zapper, c'est aussi s'estimer soi-même, et se dire que notre projet et nos envies valent quelque chose et ne doivent pas être gaspillée où le vent numérique les mène ... Et puis, au moins, quand c'est fini, et qu'on s'en sent un peu frustré, on a quelque chose à raconter. On parle de ce qu'on a fait pendant la séance, ça prolonge le plaisir (et nourrit la communication, cf. partie précédente 👆).
 
III. Réguler les écrans, c'est aimer aussi faire autre chose. 
 
S'enfermer dans un seul type d'activité, quelle qu'elle soit, est dangereux. C'est vrai des écrans pour des raisons évidentes (de la fatigue oculaire jusqu'aux troubles émotionnels, en passant par l'altération du sommeil voire de l'appétit), mais en réalité, c'est vrai de n'importe quelle activité. Même d'une activité considérée comme "saine" et "élevée" par notre société - je pense notamment  à la lecture à outrance et au risque très sérieux de bovarysme.

Réduire sa vie à une seule activité, c'est toujours se fermer à la vie, en oubliant sa richesse et sa diversité - tous ses visages insaisissables qui font qu'elle est la vie. Il y a tant de choses à faire dans une journée ! Rencontrer d'autres personnes, jardiner, bricoler ... Les enfants aiment généralement faire vivre leur corps, et on peut leur proposer d'aller marcher, courir, nager, faire du sport, si c'est ce qu'il aiment. Ou les aider à renouer avec  la joie que procure la pratique artistique : jouer d'un instrument, peindre, sculpter, danser, faire du théâtre ... La vie a ce qu'il faut pour chacun de nous, quel que soit notre personnalité et notre âge !


5. Y a -t-il un temps d'écran idéal ?


Franchement, je n'en suis pas sûre. Je constate d'ailleurs, au terme d'une recherche sur ce sujet, que les parents blogueurs sont assez frileux pour communiquer le temps que leur propre famille consacre aux écrans concrètement. Ils ont peur de se faire taper dessus, sans doute !! 😊 Allez, moi je veux bien m'y coller - mais vous ne me taperez pas, d'accord ? 😁

- Avant les 3 ans de mes enfants, il n'y avait pas d'écran à la maison. Je n'avais même pas de téléphone portable, à l'époque ! Je bloguais pendant la sieste de mes petits, et comme j'étais en congé parental, je n'avais pas besoin de me coller à l'ordi pour bosser. Easy. 👍

- À 3 et 4 ans, mes enfants ont découvert les dessins animés. Ah, Trotro, Peppa Pig et La Petite taupe ! Nous avons instauré un dessin animé par semaine, le samedi, que nous regardions en famille. Je me souviens à l'époque d'avoir essuyé pas mal de quolibets de la part de mon entourage, qui trouvait que je "surprotégeais" mes enfants, mais franchement, ils n'en demandaient pas plus ... "À chaque âge ses plaisirs", répondais-je à l'époque, consciente que les choses ne seraient pas longtemps aussi soft. L'avenir m'a donné raison, vous allez voir. 😊

Il  eut des entorses : je me souviens d'avoir octroyé un petit dessin animé par-ci par-là pour avoir le loisir de prendre une douche sans enfant dans les pattes ... Oh, cela me rongeait de culpabilité, oui, oui ! 😄

Il y eut aussi ce fameux jour, le jour de mon anniversaire : pour fêter mes 37 ans, j'avais  décidé de prendre un bain (luxe suprême !!) et pendant que je me prélassais dans la mousse, les enfants ont regardé les délicieux Minuscules avec leur papa pendant une heure !!! Ils avaient 4 et 5 ans, et ils m'en parlent encore ! 

- À 5 ans et demi ans, Antonin est allé voir son premier long-métrage au cinéma ... avec l'école. La marche de l'empereur. Il s'est endormi. 😶 Et je m'en suis voulu comme pas possible : "Quoi, c'est avec l'école que mon enfant découvre le 7e art ? Quelle mère indigne je fais, et tu parles d'une cinéphile, et blablabla ..." 😓 Brr, les écrans parviennent à nous culpabiliser aussi quand on n'en fait pas "assez" ??!!
 
Quelques mois plus tard, nous instaurions une séance mensuelle de cinéma en famille. Les enfants avaient la possibilité de regarder un petit dessin animé le soir, après leurs devoirs, s'ils y pensaient. À cette époque, les épisodes devinrent plus longs - je me souviens des Lulu Vroumette, hi hi !

(Mon article "Mes enfants et les écrans", ICI, date de cette période !)

Du point de vue de mon travail personnel, ce furent des années compliquées : je bossais principalement la nuit, lorsque mes enfants étaient couchés.

- Lorsqu'Antonin eut 8 ans, nous fîmes l'acquisition d'une console Switch, qui bouleversa notre équilibre. Antonin découvrit qu'il aimait beaucoup les jeux vidéos, et il fallut réfléchir sérieusement au temps à leur consacrer. On a pas mal tâtonné ! Au début, il jouait une heure tous les samedi, je me souviens. Mais au fil des ans, il a réclamé plus ... 😏
 
Il y eut des années compliquées : on en a élaboré des plannings !, qu'il fallait remanier aussi sec parce que c'était trop - ou pas assez ... !! Ces calendriers étaient toujours mis au point par le Damoiseau, et je vous assure que c'est possible ! L'enfant sait se montrer raisonnable, et respecter un contrat qu'il a lui-même établi - sous réserve de quelques rappels à la règle, oui, bon. Nous nous contentions de lui donner un "package" horaire hebdomadaire, et il répartissait son temps comme il le souhaitait. Il traçait de beaux calendriers, qu'on affichait sur le frigo. Il nous expliquait : "Tu vois, je préfère mettre un temps d'écran le lundi soir parce que le début de semaine est difficile, et que ça me motive. Le mardi, j'ai ma séance de futsall, alors de toute façon je n'ai pas le temps de jouer aux jeux vidéos, et ça ne me manque pas. Le mercredi, j'en mets un peu plus, parce que c'est mercredi ...". 😏
 
Bon, aucun planning n'est parfait, et je le répète : on a tâtonné. Mais une constante est sûre : au fil des ans, les enfants ont eu droit, petit à petit, à un temps d'écran de plus en plus long. Nous dirons que cela fait partie des privilèges de l'âge ! 😉

- Aujourd'hui, il n'y a plus de planning sur le réfrigérateur. Nous sommes dans une période de stabilité,  "ça tourne" - jusqu'au prochain bouleversement qu'apportera une machine quelconque ... ( Que dites-vous ? Un smartphone à l'adolescence ?? 😅 À moins que ce ne soit le premier ordi, ou une console révolutionnaire ...) ...
 
Notre équilibre est le suivant depuis presque un an maintenant : les enfants bénéficient de 30 minutes d'écran libre par jour de semaine, qu'ils utilisent comme ils souhaitent. Louiselle (9 ans et demi) choisit parfois de faire autre chose, mais pour Antonin (qui aura 11 ans dans un mois), cette perspective est importante : elle l'aide à se motiver pour faire ses devoirs et prendre sa douche - après l'effort, le réconfort ! Le samedi et le dimanche, les enfants peuvent se divertir sur écran pendant une heure. J'aime bien que ce soit avec des petits copains, et nous jouons parfois aux jeux vidéos en famille, aussi.

Nous regardons en plus un film jeunesse par semaine, et j'autorise des temps courts de recherche Internet. Je ne suis jamais loin, j'aide les enfants à formuler leurs objectifs, et leur rappelle toujours que quand il ont trouvé ce qu'ils cherchaient, il doivent stopper. Nous n'avons donc pas l’œil sur la montre dans ces moment-là ; c'est la finalité de l'activité qui l'encadre.
 
Je pense avoir fait le tour, n'hésitez pas à rebondir ou à me poser vos questions en commentaires ! 😊
 

6. Libres d'écran ?


La journée sans écran a la côte. Oh, ce qu'elle m'a séduit, cette idée ! Et j'ai proposé aux enfants de consacrer une journée dans la semaine, une journée spéciale, où aucun de nous n'utiliserait aucun écran.

Le croirez-vous ? Les enfants furent très enthousiastes, et très sérieux. Ils n'ont pas triché.

Le croirez-vous ? Ceux qui trichaient, c'était nous, les adultes. Nous rallumions nos ordis quand les enfants étaient couchés... 😶 Oh, la honte ! Oui, mais quoi ? Il y a TOUJOURS un mail urgent à traiter, TOUJOURS ! On a commencé par se rassurer, en se persuadant que ce n'était pas grave - c’était pour le boulot, pour la FCPE, pour répondre à cette lectrice qui voulait m'acheter un livre. Mais c'était quand même tricher. Et si : c'était grave.

On a arrêté la journée sans écran.

Mais j'ai trouvé une super alternative - bonne nouvelle ! Il s'agit des heures sans écran. Le but du jeu est simple : on détermine trois heures dans la journée où personne ne doit allumer un écran. Trois heures, ce n'est pas grand chose. Pour commencer, on a même le droit de choisir des heures où tout le monde est au travail/école (mais sans écran, hein !), de 9h00 à midi par exemple. Seulement, en week-end et aux vacances, il faudra s'y tenir aussi. OFF. Pas de téléphones, pas d'e-mail, pas de jeux vidéos, pas d'écriture, pas de médias sociaux. Pas seulement pour les enfants, mais pour toute la famille !

Figurez-vous que cela a été difficile au début. Surtout pour moi, je crois. Mais la difficulté nous permet de réaliser l'ampleur de l'addiction, et on peut en tirer une forme de jouissance (maso, moi ??). On réalise à quelque point on entend le petit son vibré de notre téléphone de loinnnn (!) lorsque quelqu'un nous envoie un message. On réalise à quel point il est difficile de ne pas répondre tout de suite. On se pose une question, et on résiste au réflexe de chercher la réponse sur Internet dans la seconde. Cela oblige d'une part à réfléchir, et d'autre part à se souvenir de la question pour pouvoir chercher plus tard. Si on y parvient, c'est sûr : cette réponse-là, au moins, on le l'oubliera pas.

Une autre idée : déterminer une zone de la maison 100% sans écran. Par exemple, chez nous, la cuisine. C'est facile, les écrans n'aiment pas trop les éclaboussures de sauces. Qui que nous soyons, adultes, enfants, invités ou membres de la famille ; quoique nous fassions, que nous jouions ou que nous travaillions :  la cuisine ne tolère pas d'écran. C'est une zone libre, un sanctuaire familial et nous lui rendons hommage par notre présence pleine et entière.

Vous êtes accro aux recettes sur Internet ? Moi aussi. Alors, je recopie (en les adaptant au passage) mes recettes favorites dans un cahier. À l'ancienne, quoi, vous parlez d'une invention ! 😂 C'est incroyable le temps que je gagne, à terme, à ne pas avoir à les retrouver sur la Toile ... 


Ah : une petite voix me fait savoir que notre temps d'écran est presque écoulé. Louiselle termine son épisode de Belle et Sébastien, Antonin sauvegarde sa partie de Super Mario Odyssée, et pour moi : je bidouille rapidement une petite conclusion à cet article avant de me déconnecter : profitez bien de vos petits, et humez de ma part leurs petits cous tièdes ... 

Ahh, la vie est là, décidément. ❤

Prenez-soin de vous !

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12 comments

  1. Merci pour cette réflexion intéressante ! Je me dis souvent que mon mari et moi ne montrons pas le bon exemple en dégainant si souvent nos téléphones... Par contre nous ne regardons quasiment jamais la télévision.

    Notre aînée, depuis qu'elle a eu 8 ans en août, a le droit à 20 minutes d'écran libre par jour, une fois que son travail (nous sommes en IEF) et ses petites tâches ménagères sont faits. La seule règle est qu'elle alterne les contenus d'un jour à l'autre (par exemple lundi dessins animés, mardi jeux sur tablette, mercredi documentaire, jeudi jeux sur ordinateur etc.) et qu'elle conserve au moins un temps de documentaire par semaine. Nous allons de temps en temps au cinéma ou regardons un long métrage à la maison. Elle a le droit de faire des recherches sur internet pendant son créneau "Exposé" et travaille parfois son anglais sur une application. Mais plusieurs fois par semaine nous sommes si occupés que le temps d'écran saute purement et simplement !

    C'est plus compliqué avec notre cadette de 4 ans qui veut souvent rejoindre sa sœur à ce moment-là, nous n'avons pas encore trouvé le bon compromis pour elle...

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  2. Merci pour cet article avec plein d’idées à tester et déculpabilisant !

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  3. Comme souvent, quel regard neuf et plein de richesses. On sort de la lecture fourmillant de réflexions. Merci.

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  4. Incroyable, on a imprimé nos "temps écrans" hier... et ça ressemble en gros à chez vous... 30 minutes/Jour (sauf si école le lendemain mais je pense que ça, ça va vite sauter), 1 long métrage en famille le week-end, 1 heure de documentaire/ semaine, et jeux tablette 1h chacune/ semaine. Par contre, trop dur de mettre moins à Amaëlle... pas envie de lutter, c'est kiffe kiffe pour les 2... à chacune son programme adapté à l'âge, of course! Par contre, c'est plus dur pour nous qui bossons sur ordi ...Fred beaucoup pour du montage... et moi je ne fais plus quasiment que ça pour la LSF). On essaie d'être au plus dispo pour les filles after school et jusqu'au dodo. On va fignoler avec Anja qui fait école à la maison depuis la rentrée de novembre (y'aura un peu plus de recherche de docs, et des c'est pas sorcier/ Quelle aventure!... of course!). Merci pour ce bel article... Bravo Elsa! 😉 bisous
    à vous 4!

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  5. Merci pour ce bel article qui donne a réfléchir ! Toujours aussi bien écrit et ponctué d'humour, c'était un vrai bonbon enfin non, un vrai petit cou bien tiède ♥️
    Merci d'avoir utilisé votre temps d'écran pour ce partage !!

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  6. Merci pour cet article !

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  7. Je ne suis toujours pas arrivée au bout de mes réflexions sur cette histoire d’écran. Mon conjoint et moi-même travaillons sur ordinateur toute la journée pour gagner notre vie. L’ordinateur (PC ou smartphone) est un couteau suisse chez nous : communiquer avec les autres, travailler, une encyclopédie, se divertir (jeux, films, dessins animés, musique, mais aussi lecture pour mon conjoint), s’informer sur l’actualité, s’orienter (GPS), faire les courses, prendre des photos, chercher l’inspiration…Quand mon fils de 6 ans découvre par hasard la télévision ou la radio, il est très frustré de ne pas choisir de ce qu’il voit/entend, il ne connaît que très peu les magasins. Nous avons un PC dans le salon constamment allumé pour pouvoir faire tout ça. Par ailleurs, on invite des copains à la maison ou on va chez eux, on sort se promener à pieds/vélo/trottinette, on va au musée, bibliothèque, piscine… on sort les feutres, argile, les jeux de société, de construction ou autres Playmobil, déguisements…Alors c’est quoi le problème ? notre santé oculaire, ok (parce qu’on arrête de cligner des yeux, c’est un apprentissage à acquérir) ; notre qualité de sommeil ok (à cause de la lumière bleue identique à celle du soleil alors qu’il fait nuit). Sachant cela, l’écran est interdit deux heures avant l’heure du coucher. Mais le reste du temps j’ai envie de dire on papillonne. Seule limite la durée des dessins animés : 20 min par jour, mais c’est plus par rapport au contenu. Oui mais voilà on nous martèle les écrans sont dangereux !!! ok bah je sais pas faire alors.

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  8. Ma fille, 7 ans, depuis cette année scolaire a droit de jouer sur mon ordinateur le mercredi matin. Elle adore et je suis pas loin.
    Les enfants (3,5 et 7,5 ans) jouent sur mon téléphone (la petite chenille et monument valley ont la côte) 15 min chacun le we.

    Et un samedi par mois, je regarde un film 1vec eux l'après-midi. Un nouveau rituel que je vais mettre en place ce mois ci.

    On a une switch aussi, on joue à Mario kart en famille. C'est génial, tout le monde gagne (plus ou moins vite), on a même joué avec mamie(s) quand elles viennent.

    Ca c'est pour les enfants. Et ca leur va bien ainsi.

    Moi, je suis toujours avec mon tel pas loin, souvent pour rien y faire... c'est un tic, je regarde pour voir si je dois faire un truc dessus... alors j'ai ma liseuse pas loin non plus (ca reste un écran, mais je lis un livre quand même).

    Mais on a aussi nos moments sans écran :1h à la ludothèque, c'est sans écran ! C'est obligé, je me l'impose. L'espace parent enfant avec mon bébé, c'est sans écran aussi !

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  9. Alors, je me lance, tout en sachant que l’on me jettera des pierres ! :p

    Oui, mon mari et moi sommes de très mauvais élèves !
    Quand nous sommes à la maison, nous démarrons la journée en allumant nos ordinateurs et ils ne sont éteints que le soir en allant se coucher. (Autant dire que nous ne sommes absolument pas crédible lorsque nous voulons limité le temps d’écran !!!!!)
    Gamers depuis toujours, nous passons de très nombreuses heures sur les jeux en lignes [mais grâce à cela j’ai fais des rencontres formidables, des gens avec qui j’ai noué de vraies relations IRL (In Real Life – dans la vie réelle)].

    Pour autant notre fils, jusqu’à 4-5 ans ne s’intéressait pas aux écrans et si il me réclamait un dessin animé il jouait à coté sans même regarder l’écran les 3/4 du temps.

    A 6 ans il a eut la première console DS pour jouer à Pokemon comme papa et maman. Le temps était limité à 30 minutes par jour le week-end seulement.
    Peu à peu le temps s’est allongé, autorisant également le mercredi.

    Lors du 1er confinement les devoirs ont été fait directement en numérique ce qui a crée un nouveau temps d’écran dédié à la scolarité. Et bien sûr le temps de vidéos, jeux s’est allongé. Nous sommes passé à une autorisation quotidienne encore limité à une heure maximum. A cela il faut rajouter les séance « cinéma » en famille 1 à 2 fois par semaine.

    A la rentrée 2020, nous avons autorisé 2 heures par jour le week-end et le mercredi, puis peu à peu nous avons rajouté 30 à 45 minutes tout les soirs une fois les devoirs terminés.

    Aujourd’hui notre fils (10 ans) est en 6ème et n’a plus de limite, du moment que les devoirs sont faits et les résultats scolaires très bons (17,5 de moyenne générale). Il joue tout les jours et plusieurs heures le week-end ; sans pour autant n’avoir que ce type de loisirs. Il utilise aussi son ordinateur pour le travail scolaire (manuel scolaire en numérique, vidéos documentaires, recherches…) mais également pour écrire des nouvelles (il adore inventer tout un tas d’histoires qu’il illustre en cherchant des images sur Internet). Au final il se régule de lui-même. Nous continuons toujours les séances cinémas en famille (2 fois / semaine) avec plateau/buffet repas.

    Pour ce qui est des loisirs hors écran : nous sortons en promenade dans des parcs, sur la plage, en forets, allons à la piscine tout les dimanches matin, organisons plusieurs sorties en famille et il joue beaucoup en extérieur avec ses copains.

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  10. Je vous lis souvent et ne commente j'allais, mais j'aime beaucoup le ton utilisé : à la fois précis, sincère et déculpabilisant. Merci! Ce sujet là le questionne beaucoup et votre approche me parle vraiment!

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  11. Merci pour cet article vraiment super intéressant.

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  12. J'ai beaucoup votre point "5" lorsque vous dites qu'une fois la recherche fructueuse, on arrête. C'est ce que j'ai beaucoup de mal à faire !! Ici, on a défini depuis toujours (3 ans de notre aîné environ?) que les écrans, c'était une heure les jours sans école. Trop au début, j'en suis bien consciente, mais la notion d'heure à cet âge est très relative et aujourd'hui, lorsqu'une vidéo dire 1h30 (comme beaucoup de long métrages enfants), on accepte de dépasser. Mais la règle que les enfants connaissent, c'est celle-là et elle leur va (encore). Je garde vos idées de re-définition dans un coin pour le jour où cela n'ira plus.
    Par contre, chez certains amis, la télévision est allumée en permanence (si, si, ça se fait encore : allumer pour avoir une présence, un "fond"). Pas évident de décoller mes enfants alors que leurs copains n'y font presque pas attention.

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