Reggio : mettez-y le prix !

August 16, 2017

" Plus large est l'éventail des possibles offert aux enfants , 
plus intense sera leur motivation, et plus riches seront leurs expériences."
Loris Malaguzzi.

Je fais remonter cet article d'août 2015 (revu et corrigé selon mes dernières découvertes) en vue de la rentrée qui se profile - non, rassurez-vous, moi non plus je n'ai rien préparé encore. 😊 Bonne (re)lecture, et vive les vacances !!



Pour les parents montessoriens qui découvrent en second lieu la pédagogie Reggio, celle-ci apparaît comme une bouffée d'air pur au moins sur un point : le porte-monnaie ! 😊

On le sait, la pédagogie Reggio ne nécessite pas de matériel spécifique, et encourage la récup' en tout genre. Tant mieux, tant mieux, on va économiser nos sous... et puis, tout dépenser en matériel artistique, bien sûr ! 😁

Car c'est l'un des principes les plus connus de la philosophie Reggio : le matériel mis à disposition de l'enfant - et en particulier le matériel plastique - doit être de la plus haute qualité

Et si vous hésitez sérieusement à mettre 15 euros dans une pochette de feutres, pensez aux boites de cylindres colorés auxquelles vous avez su résister (ou dû renoncer...), qui valent le double et qui, même dans le cadre d'un usage intensif, n'auraient pas occupé votre enfant le 100e du temps qu'il va passer à manipuler ces superbes Faber-Castell... 😉


Mais au fait, pourquoi acheter du matériel d'artiste pour nos enfants et nos élèves ?

Car franchement, vous les avez observés, ces petits démons ? Ils sont capables de réaliser vingt dessins en trois minutes, décrétant qu'il leur faut une feuille neuve après avoir tracé trois traits vagues.  Ils écrasent les mines, perdent les bouchons, mélangent les couleurs de la boite d'aquarelle... Ne peut-on, au moins dans un premier temps, leur proposer des machins "pour enfants" achetés en supermarché ?

Non, on ne peut pas. Car proposer du matériel de choix envoie un message éducatif, qui lui, n'a pas de prix. En proposant des matériaux de qualité à l'enfant, on lui signifie que ce qu'il va en faire est important. Que cela compte pour nous.

Du point de vue de l'enfant, de bon outils l'incitent, par eux-mêmes, à travailler plus précautionneusement, plus lentement. Ils lui apprennent à reprendre un travail délaissé la veille pour le poursuivre, ou à réinterpréter plusieurs fois un sujet qui lui tient à cœur.

Et puis, c'est inévitable : les fausses palettes de fausse gouache ne donnent qu'une couleur sale et falote, les colles de mauvaise qualité ne collent pas, l'encre des feutres bas de gamme tournent, les mines se fatiguent en un temps record. "Tous les enfants sont des artistes", disait Picasso, mais personne ne peut créer avec des matériaux qui ne font pas leur part du boulot, et qui, quant à eux, renvoient clairement le message suivant : "Ce que tu fais ne tiendra pas dans la durée.".

Un autre argument de poids réside dans le rapport sensoriel de l'utilisateur à ses outils. Ah, oui, nous sommes montessoriens, tout de même ! Quid du plaisir de la couleur vibrante, du pinceau qui glisse sur ce papier au grain léger, de la lame qui tranche avec précision, de l'ébauchoir qui s'enfonce dans la terre fraîche ! Plaisir de tous les sens, auquel, nous le savons, l'enfant est extrêmement réceptif...


Entendons-nous bien : si on propose des outils professionnels à nos enfants, il est exclu de laisser le petit dernier mâchonner ses pastels Stockmar à deux euros la bête. En Reggio, on accompagne, et ça tombe bien, puisque l'essence de cette pédagogie est là. On transmet notre respect pour ces matériaux de choix, on explique comment les utiliser ("Non, on ne plante pas ce délicat pinceau de soie dans l'argile, il n'est pas fait pour cela ! Si tu veux creuser ce genre de trou, peut-être peux-tu essayer avec ce crochet ou ce tournevis ?"), et comment les ranger. Je peux vous affirmer d'expérience qu'à Noël de leur Petite section (vers 3 ans, donc), tous les enfants sont capables de laver leurs pinceaux et leurs palettes, de reboucher leurs feutres et de tout ranger à sa place. Et dans un cadre domestique, ces compétences peuvent être acquises bien plus tôt si l'adulte  ne se décourage pas ! Le jeune âge d'un enfant n'excuse pas les succédanés. Ne vous dites pas "Il/elle est trop petit(e), j'achèterai cela plus tard" !". La première bonne raison pour vous décider tout de suite, est que ce matériel artistique risque fort de durer très très longtemps - toute la longue enfance de votre enfant, en fait. De plus, les matériaux de qualité sont plus résistants aux petites mains, se laissent plus volontiers détourner au nom de l'art, et se lavent plus facilement - rien n'empêche donc de les proposer dès le premier signe de manifestation d'intérêt de l'enfant pour les arts plastiques !

Bien sûr, on peut parfois ruser un peu : le papier, par exemple, peut tout à fait être de récupération. Cette trame grossière, ces couleurs mates sont tout à fait intéressantes, et le papier d'emballage ne coûte rien. Pensons aussi au "papier machine", peu onéreux, pour les dessins aux feutres ou aux crayons, les découpages variés... C'est le papier idéal pour s’entraîner, mais je suis toujours déçue quand mes enfants, inopinément, réalisent un chef d’œuvre sur ce papier-là !! Bien fait pour moi !! 😓

Car c'est sûr, il est impossible de s'en contenter : le papier épais est nécessaire pour l'aquarelle, le papier à dessin format "raisin" ou le papier en rouleau s'imposent pour les travaux collectifs, le papier Canson permet de travailler la gouache, l'acrylique, le fusain et l'encre... Quelques vraies belles feuilles de papier glacé ou grainé seront de sortie dès que l'enfant manifestera son désir de faire un BEAU dessin. Dans l'idéal, le matériel est à disposition, et on essaie d'inculquer patiemment, jour après jour, le discernement nécessaire : "Que veux-tu faire aujourd'hui ? Beaucoup de dessins rapides, des esquisses, pour t’entraîner ? Prends plutôt ce papier moins cher. Mais si tu as envie de passer beaucoup de temps sur ton travail, d'enrichir encore et encore en vue d'un objectif précis, prends alors une belle feuille comme celle-là.". Parlons avec nos enfants de leurs intentions avant le travail - quand le climat s'y prête, car la plupart du temps, ils sont tant dans l'action qu'il n'est pas possible de discuter !! 😊

Mais ainsi, petit à petit, l'enfant fait la distinction entre une ébauche, une recherche, ou un réinvestissement des derniers gestes exercés. Et sait alors quel support choisir en conséquence. L'adulte peut aussi, lorsqu'il a observé une phase d’entraînement intensive, proposer une belle feuille de papier pour inviter l'enfant à réaliser une synthèse de tout cela.

"Sirène à oreilles", Antonin, crayons aquarellables Caran d'Arches et Mitsubishi, carnet à dessin Canson 90g, août 2015.

Je termine par mes marques coups de cœur... Je n'ai pas encore tout exploré : chaque boite achetée dure une éternité malgré un usage intensif, et de ce fait, je n'achète pas des matériaux à tour de bras... Bonne nouvelle, non ? Mais qui explique que je suis friande de vos retours d’expérience si vous en avez... 😊

La marque Stabilo est facile à dénicher, et elle est d'un excellent rapport qualité/prix. Tout est bon : les crayons ("Woody", pour les petits), et les feutres : prenez les Cappi pour le coloriage, le point 68 pour le dessin et le point 88 pour la réalisation des détails - c'est mon dernier achat, qui correspond tout à fait à l'intérêt graphique d'Antonin, et ses œuvres en ont été transformées ! De plus, la palette offerte est digne, en variété et en délicatesse, d'une troisième boite de couleurs Montessori, je ne vous dis que cela !! 😉

Édit du 16 août 2016 :

Je porte toujours les Woody de Stabilo aux nues : pour leurs couleurs vibrantes, leurs textures soyeuses, et le fait qu'ils soient quasiment les seuls crayons à ma connaissance à s'effacer simplement à l'eau lorsqu'on les utilise sur plastique. Mais : qu'est-ce qu'ils sont gros ! Beaucoup, beaucoup trop gros. Et les gros diamètres, à force d'observer des Petits, j'en reviens... Impossible de tenir un pieu comme on ferait d'un outil scripteur; Essayez vous-même, vous le constaterez : c'est impossible. Et un Woody, dans les mains d'un bébé, c'est un pieu.
Connaissez-vous les alternatives de qualité ?

Je n'ai acheté qu'une boite de pastels à l'huile - qui, je pense, va durer encore quelques années ! Il s'agit de la marque Pentel, chez qui j'achète également nos pinceaux à eau pour l'aquarelle. Excellent rapport qualité/prix, rien à redire !

Pour les crayons de couleurs, nous utilisons ici des Caran d'Aches (Swisscolor). Nous comptons tester un de ces quatre les Derwent et les Koh-I-Noor, quelqu'un a-t-il expérimenté ? Le critère de choix pour ces outils est qu'ils permettent les estompes et les dégradés. C'est la moindre des choses, sinon, autant prendre des feutres, hein ? 😄

Pour le papier, il est intéressant d'investir dans des rouleaux, qui permettent de disposer de papier "d’entraînement" d'assez bonne qualité au kilomètre (ou presque). Pour le reste, Canson reste la marque incontestée, facile à dégoter et pas trop cher, pour tous les projets spécifiques - papier de couleurs en tête. Gardez tout de même un œil sur les offres de votre magasin de fournitures local : le papier générique de telle ou telle enseigne est souvent très qualitatif ... et pas trop cher !

Pour l'aquarelle... Nous utilisons depuis des années deux petits coffrets, achetés avant la naissance des enfants, de la marque Winsor Newton (dont cette palette-ci, excellent rapport qualité/prix !). J'ai presque hâte de les terminer, malgré leur qualité, pour tester d'autres produits... Mais ce n'est pas demain la veille, comme on dit ! 😄

Pour les ciseaux, chez nous, on est fidèle à Maped. Ca fait "Tchlack ! Tchlack !" à chaque mouvement (plaisir sensoriel, vous dis-je !!) et... ça coupe. Bien.

La pâte à modeler est toujours faite maison, l'argile ne nous a jamais déçus - ne me demandez pas la marque, je crois bien que j'achète la moins chère, à 5 euros le gros pâton de 5 kilos.

Je teste les colles écologiques à tour de bras - la dernière en date : Tesa, mais la liste des ingrédients me laisse un peu sceptique. D'autres idées ?

Pour la gouache, je suis fidèle à Giotto, même si je crois que je vais tester d'autres marques bientôt - mais encore un fois, d'ici qu'on ait vidé les bidons... l'eau - enfin, la peinture... - aura coulé sous les ponts !

Même remarque pour la peinture acrylique : en ce moment c'est Zenacolor qui nous comble, mais il est difficile de comparer vu le rythme auquel les tubes s'écoulent. Pour rappel : une goutte d'acrylique suffit à réaliser un large travail ! Et n'oubliez pas que chaque noisette non utilisée est vouée à la poubelle : mieux vaut avoir à en remettre un peu sur la palette... 😊

Et vous, quels sont vos coups de cœurs ? 😊

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