Résoudre un problème familial

février 20, 2017

Il arrive que, dans une famille, on soit confronté à un problème persistant. Un problème, qui, quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, de quelque manière qu'on se positionne, se dresse devant nous comme un mur inébranlable et froid.

Un de nos grands "problèmes" paraîtra sans doute bien dérisoire à ceux qui n'ont jamais manqué de sommeil... et pourtant... 😖 Voici :

Depuis des années, les enfants se réveillent à l'aube le week-end, et nous réveillent.

Je ne sais même pas trop comment les choses se passent. Ce que je sais, c'est qu'ils s'éveillent plus tôt le samedi et le dimanche que les autres jours de la semaine. Il parait que c'est classique, et que j'étais ainsi, moi aussi, quand j'étais petite... En fait, je soupçonne Antonin d'aller réveiller sa sœur qui dormirait volontiers plus longtemps. Remarquez que je ne suis sûre de rien, que je dors, moi, à l'étage en dessous, que je ne voit rien, n'entends rien jusqu'à ce que les bruits de conversation et les déplacements (voire les hurlements et les galopades...) me tirent du sommeil. Les faits qui précèdent mon réveil sont confus. Quand je questionne les enfants, ils n'ont jamais la même version, et je commence la journée avec un sentiment de suspicion (Antonin a-t-il réveillé sa sœur ?), de rancune (si oui, il n'en a pas le droit !!) et d'injustice (Nul n'a le droit de priver les autres du sommeil dont ils ont besoin).

Les psychologues conseillent toujours de formuler ses besoins propres. Le mien est simple : j'ai besoin de dormir les matins où je le peux.

Par "dormir", je n'entends pas : faire la grasse matinée. Oh, là, là. Je crois que je ne saurais plus faire, de toute façon.😄 Par "dormir", je veux dire : j'ai besoin de me réveiller naturellement, sans être arrachée à mon cycle de sommeil par un enfant qui court dans l'escalier ou qui chante à tue-tête. Mon réveil naturel se fera peut-être à 6h, peut-être à 9h, peu importe : ce qui importe, et ce à quoi j'ai droit en tant que personne, c'est de me réveiller seule, au moment qu'il est bon pour moi - au moins de temps en temps.

Bien sûr, nous avons "tout" essayé, comme on dit : nous avons râlé. Nous avons exprimé nos besoins (parfois calmement, et parfois non). Nous nous sommes fâchés. Nous avons expliqué. Nous avons interdit. Nous avons proposé des alternatives. Nous avons illustré, tergiversé, rappelé...

Rien n'y faisait : tout cela glissait sur les enfants, qui semblaient vraiment ne pas prendre la mesure de notre fatigue.

Nous sommes passés, mon homme et moi, par tous les sentiments vis-à-vis de ce problème, du déni ("Non, mais en vrai notre problème n'est pas un vrai problème. Pensons à tous ces gens qui ont vrais problèmes, et cessons de nous plaindre !") au découragement ("De toute façon, on n'y peut rien. Un enfant reste un enfant, il a besoin de faire du bruit et nous ne pourrons pas faire le travail à sa place..."). Et puis, un jour, j'ai posé sur la table ma pile de livres éducatifs et j'ai commencé à les parcourir tous, pour voir s'il n'y avait rien sur le sujet quelque part. Dans mon souvenir, il n'y avait rien. Et de fait, je n'ai pas trouvé d'évocation de notre cas précis, mais je suis tombée sur le chapitre "Pour résoudre un problème" (Parler pour que les enfants écoutent, Écoutez pour que les enfants parlent, Faber et Mazlish, p. 135) : les auteures y proposent un plan de résolution de problème par étapes soigneusement identifiées. J'ai relu, j'ai même pris quelques notes, et j'ai appliqué. Et cela a marché. 😊 Depuis plus d'un mois à présent, mon mari et moi ne sommes plus réveillés par les enfants le week-end. 😊

Les conséquences de ce simple fait sont tellement importantes, tant pour mon équilibre physiologique que pour l'harmonie de notre vie de famille, que je devais absolument y consacrer un article !! 😄


Voici les étapes de cette "méthode de résolution de problème", chacune illustrée par notre cas précis.

Étape préliminaire : Convier tout le monde à une réunion de famille pour discuter du problème.

Pas question de traiter la chose entre deux portes. Si problème il y a, cela fait belle lurette que tout le monde le sait à la maison. Convoquez tous les protagonistes impliqués : "J'aimerai te parler. As-tu le temps maintenant ?". Pour nous, nous étions tous les quatre concernés, alors, un dimanche d'extrême fatigue, j'ai décrété un goûter spécial : "Au goûter tout à l'heure, nous nous assiérons tous autour d'une boisson avec des biscuits, et nous discuterons de notre problème de sommeil du week-end. Est-ce que tout le monde est d'accord ?".

Tout le monde était d'accord. Mon homme était un peu surpris par tant de cérémonialisme, et les enfants peut-être un peu méfiants, mais tout le monde était d'accord. L'idée ici est de ne pas traiter le problème à chaud, lorsque les protagonistes sont tout vibrants d'émotions. Sans aller jusqu'à donner un rendez-vous, il est important de vérifier la disponibilité du ou des enfants : "Pour toi, est-ce un moment propice pour que nous parlions ?".

Le message est clair : Notre problème est important pour nous, et il vaut qu'on lui consacre un temps de qualité. Mais derrière cette volonté de se réunir pour discuter, il y a aussi la preuve de notre confiance. Nous prenons le temps le temps de nous asseoir, de prêter l'oreille aux sentiments de chacun, de partager avec les autres nos vrais sentiments. Nous croyons en notre capacité à trouver des solutions acceptables.

D'ailleurs, c'est drôle, dès que je me suis assise à la table de ce goûter, j'ai su que nous allions y arriver. J'ai su que cela allait fonctionner ! Bon, mon homme ne partageait pas ma certitude, du moins, pas encore... 😄

"Un message essentiel est inscrit au cœur de cette approche : quand surgit un conflit entre nous, il n'est pas nécessaire de mobiliser nos forces les uns contre les autres, ni de nous demander avec angoisse qui en sortira victorieux et qui sombrera dans la défaite. Au contraire, nous pouvons utiliser notre énergie à rechercher le genre de solution qui respecte les besoins de chacun en tant qu'individu. Nous enseignons à nos enfants qu'ils n'ont pas à être nos victimes ni nos ennemis. Nous leur donnons des outils qui leur permettent de participer activement à la résolution des problèmes auxquels ils font face maintenant, alors qu'ils vivent au foyer, puis dans le monde difficile et complexe qui les attend." (Faber & Mazlish, p. 143).

Dernière chose : munissez-vous d'un crayon et d'une feuille de papier pour le debriefing... Ce sont des accessoires indispensables à l'étape 3 ! 😉

Étape 1 : Parler des sentiments et des besoins de l'enfant, avant de parler des siens propres.

A force d'employer la méthode "J'exprime mes besoins", j'en oubliais parfois d'écouter et de formuler ceux des enfants, dans cette histoire. Alors, lorsque nous fûmes tous réunis autour de notre goûter, après avoir rappelé brièvement les termes du problème à résoudre, je commençais par là :

"Nous sommes là pour parler de la manière dont les choses se passent le matin en week-end.

Vous, les enfants, vous avez besoin de vous lever, de jouer et de courir. Vous avez envie de vous retrouver et de parler. C'est bien cela ?"

Laissez l'enfant s'exprimer sur ce point autant qu'il le souhaite. L'attitude de l'adulte est primordiale : il s'agit d'accueillir sans juger, sans évaluer, sans essayer de raisonner. "Laissez votre attitude indiquer : j'essaie réellement de mieux comprendre comment TU te sens à ce sujet. C'est seulement quand l'enfant se sent entendu et compris qu'il est en mesure de tenir compte de vos sentiments à vous." (Faber & Mazlish, p. 160).

Dans un second temps, j'ai exprimé le besoin des adultes : c'est bien de l'incompatibilité de ces besoins, les nôtres et ceux des enfants, que naissait le problème. "Voici maintenant comment Papa et moi nous nous sentons à ce sujet. Nous avons besoin de dormir et nous en sommes empêchés.".

Essayez de décrire votre position le plus brièvement et le plus précisément possible. Il est pénible et angoissant pour un enfant d'entendre ses parents détailler leurs émotions négatives - qu'il s'agisse de peur, de colère, de ressentiment... ou de fatigue.

Étape 2 : Faire ensemble un remue-méninges pour trouver une solution mutuellement acceptable. Écrire toutes les idées, sans les évaluer.

"Maintenant, nous allons noter toutes les idées qui nous viennent pour résoudre ce problème. Même si elles sont bizarres, ou impossibles. Même si elles sont désagréables. Nous allons les écrire TOUTES, sans les juger, et nous trierons après."

Laissez les enfants faire les premières suggestions, et notez-les mot pour mot. Le fait d'écrire confère de la valeur à chacune des propositions. Bien sûr, on se garde de juger, sans quoi tout le travail serait à refaire !

Cette étape est assez magique : les enfants ont valorisés par le fait que leurs propositions soient inscrites, et écoutées au même titre que les propositions des grands. La confiance gagne chacun petit à petit, on se détend, on se lâche... on s'amuse même à faire des propositions extrêmes !

Voici ce que nous notâmes sur notre feuille ce jour-là :

"1. Les enfants ne font pas de bruit, ils ont des activités calmes, comme lire des livres.
2. Les parents enferment les enfants dans leur chambre et ne viennent leur ouvrir que quand ils sont levés.
3. Les parents font garder les enfants le week-end, les enfants dormiront chez la nounou.
4. Les parents interdisent aux enfants de sortir de leur chambre avant 9 heures.
5. On règle les réveils des enfants sur 9 heures pour qu'ils sachent à quelle heure ils peuvent sortir de leur chambre.
6. Toute la famille fait une sieste le samedi et le dimanche pour rattraper le sommeil en retard.
7. Les enfants se couchent plus tard la veille pour se réveiller plus tard le lendemain."

Bien sûr, lorsque ces propositions surgissent, chacun est animé d'émotions. Par exemple, lorsqu'Antonin a fait la première, une voix en moi a soufflé : "Mouais, c'est bien beau, mais c'est ce que nous leur demandons depuis des mois, et ils ne parviennent pas à le faire...". Lorsque mon homme, non sans provocation, a fait la seconde, les enfants se sont récrié : "Oh, non !!". J'ai rappelé : "On note TOUT. Nous verrons après les idées qu'on aime et celles qu'on n'aime pas."

Peu à peu, l'enfant comprend qu'il ne sera pas jugé, et que les idées ne seront pas forcément appliquées, si elles ne correspondent pas au bien commun. La parole se libère, et les propositions fusent. Les enfants ont plein d'idées, et finalement, je comprends avec soulagement qu'ils ont conscience du "problème", que le "problème" ne glissait pas sur eux comme je le croyais auparavant, mais qu'ils le conçoivent, eux-aussi, comme une situation à résoudre. Nous sommes tous engagés dans une démarche de résolution commune : notre objectif à tous est le même, finalement. 😊

Étape 3 : Choisir les solutions potentielles, rayer celles qui ne conviennent pas.

Lorsque les idées se tarissent, nous les reprenons une à une, en rayant celles que nous ne pouvons accepter. Dans notre exemple, la proposition 2 fut rayé la première : enfermer les enfants est contraire à nos pratiques, et d'ailleurs, comment feraient-ils s'ils avaient envie de faire pipi ? "Il faut un pot dans notre chambre !", s'exclame Louiselle, pleine de bonne volonté. Non. Papa et Maman ne sont pas d'accord pour le pot. C'est infantilisant, et ce n'est pas hygiénique. On oublie.

La proposition 3 fut rayée également. Faire garder les enfants la nuit nous coûterait trop cher, et puis, franchement, nous avons envie de passer le week-end en famille. Je l'exprime clairement : "J'ai envie de passer tout le week-end avec vous, moi !". Voilà qui fait du bien à tout le monde. La 7e est également supprimée : les adultes tiennent aux horaires de coucher des enfants. D'abord parce que ces derniers tombent de sommeil dès 20 heures, ensuite parce que nos soirées entre adultes nous tiennent à cœur.

Nous relisons ensuite les propositions restantes. Honnêtement, à ce stade, je dois faire taire une petite voix en moi en chuchote : "Mais les solutions qui restent ont déjà été testées, peu ou prou, et elles n'ont pas fonctionné !". Mais voilà : d'abord, tout tient dans le "peu ou prou". Ensuite, aujourd'hui, ces propositions émanent de tous, et elles sont écrites. Voilà qui change tout. 😊

Nous mobilisons donc nos idées pour formuler notre solution. J'écris un petit texte de synthèse sous notre liste :

"Les enfants s'engagent à ne pas sortir de leur chambre avant 9 heures, sauf si Papa ou Maman vient les voir. Comme Louiselle ne sait pas lire l'heure, nous allons coller des gommettes sur son horloge pour lui indiquer l'emplacement des aiguilles à cette heure. Avant 9 heures, chacun reste dans sa chambre et s'occupe à des activités calmes : on peut lire, et on ne chante que dans sa tête. La veille, les enfants choisiront chacun 3 puzzles dans le bac à puzzles et auront la permission de les monter dans leur chambre. Ils imprimeront aussi quelques coloriages - et Papa et Maman acceptent qu'ils aient chacun une boite de feutres sur leur bureau."

Chacun signe ce texte, et Louiselle écrit même des "OKÉ, OKÉ" en regard de chaque phrase. 😄Visiblement, l'adhésion des enfants est totale.

Étape 4 : Passer à l'action.

Au boulot ! Papa achète à chacun une petite boite de feutres, et comme ils étaient interdits dans les chambres jusqu'alors, je peux vous dire que c'est la fête ! Louiselle nous réclame à corps et à cris les gommettes sur son horloge. Bref : le samedi et le dimanche matins sont attendus avec joie.

Étape 5 : Faire le point et donner suite.

La semaine suivante, nous faisons un point le vendredi soir. Nous relisons notre "solution", nous procédons au choix des puzzles et des coloriages. Et miracle : samedi matin, je peux me réveiller naturellement. Oh, pas bien tard, certes. Mais naturellement. Nous refaisons un rappel le samedi soir - et dormons le dimanche jusqu'à 8 heures sans être dérangés ! Le dimanche après-midi, nous faisons un point : notre méthode a fonctionné cette fois-ci, tout le monde est satisfait et espère qu'il en sera de même les semaines à venir.

Ces moments de bilan sont essentiels à la réussite de l'entreprise : le jour où un caillou se glissera dans le bel engrenage de notre résolution de problème, il faudra l'en extraire en famille, éventuellement en utilisant la même méthode. Le danger est de considérer le problème résolu une fois pour toute ; puisqu'à ce stade, chacun est conscient que le "problème "en est un, que chacun tient à la réussite de sa résolution, il ne faut pas oublier de continuer d'en prendre soin. 😊

Que pensez-vous de tout cela ?

"Cela ne parait pas trop difficile, n'est-ce pas? Mais ça l'est. Et le plus exigeant, ce n'est pas d'apprendre les étapes. On y arrive, pour peu qu'on s'applique. Le plus difficile, c'est la changement qu'il faut opérer sur notre propre attitude. Nous devons cesser de voir l'enfant comme un problème à corriger." ((Faber & Mazlish, p. 143).

Avez-vous, vous aussi, un "problème" à résoudre dans votre vie de famille ? Si vous tentez ou avez tenté la résolution de problèmes à la manière "Faber et Mazlish", merci de nous faire un retour sur votre expérience, fructueuse ou non !! 😊

You Might Also Like

0 commentaires