Fêter Halloween

November 02, 2016


La première fois qu'Halloween fit irruption dans notre vie de famille, c'était en 2013. Antonin avait 2 ans et 10 mois, et sa maîtresse avait décidé de travailler sur ce thème au mois d'octobre. 


A vrai dire, je fut assez mécontente - voire mal à l'aise. Le Damoiseau passa un mois à écouter des histoires de fantômes, à coller des gommettes en formes de citrouilles et à décorer des sorcières. Il n'avait jamais entendu parler de ces objets étranges auparavant - et n'en avait rien compris à la fin de la séquence, d'ailleurs. Je cherchais sincèrement à injecter du sens dans tous cela, mais cette année-là, je n'y parvins pas. Comment parler d'Halloween à un tout-petit qui est en train, justement, de construire la distinction entre le réel de l'imaginaire ? C'est non seulement impossible, mais aussi inutile et alambiqué. Je renonçais.


Un an plus tard, cependant, j'avais trouvé mon angle d'attaque. Parmi tous les symboles d'Halloween, il y a en un qui est solide. Réel, tangible. Et même assez lourd. Coloré et comestible. Vous y êtes ? 😉


"Halloween" fut donc rebaptisé chez nous, deux années consécutives : "La fête de la citrouille". Nous avons bâti un petit rituel familial, de manière à préserver l'excitation de la fête sans écraser l'imaginaire enfantin en développement. Petit à petit, au fil des ans, les enfants ont intégré les figures folkloriques de la célébration des morts, mais toujours sous un angle rationaliste et dépouillé de toute interprétation effrayante. Ce qui n'est pas toujours facile, d'ailleurs...

Cette année, par exemple, nous avons décidé, grande première !, de faire un dîner d'Halloween et j'avais opté, un peu étourdiment, pour ces adorables momies-saucisses. Lorsque les enfants ont commencé à me demander ce que je faisais, j'ai senti que le sujet était sensible, qu'il pouvait générer des craintes infondées. Et pourtant, il fallait répondre ! En réalité, je crois que la meilleure façon d'éloigner les peurs consiste à doter l'enfant d'outils culturels, symboliques et psychologiques - de manière à ce qu'il puisse adopter la posture personnelle de son choix face à l'objet effrayant. Et pour ce faire, il me semble que le mieux est de répondre la vérité la plus stricte, de faire une réponse la plus scientifique possible, tout en s'efforçant d'ancrer ses dires dans le vécu de l'enfant.


"Dans cette histoire de momie, il y a quelque chose de vrai, et quelque chose qui n'est pas vrai.

Je commence par ce qui est vrai :

Dans l'Antiquité, on n'aimait pas trop l'idée que son corps se décompose après la mort, et qu'il retourne à la terre pour devenir autre chose

Alors, quand on était riche, on décidait de se faire embaumer. C'est-à dire qu'après la mort de la personne, des spécialistes vidaient le corps de tous ses organes et le remplissaient de produits qui sentaient bon et qui le conservaient. Ainsi, le corps restait intact très longtemps, un peu comme les animaux empaillés, vous savez ? C'était important pour les gens d'alors : que le corps reste comme si on était encore vivant.

Après l'embaumement, on enveloppait les corps de bandes de tissu très serrées. Comme ces rubans de pâte à tarte autour de mes saucisses. C'est comme cela qu'on représente les momies généralement : des corps enveloppés de bandes de tissu. Ça, c'est une momie, et ça existe réellement. Des scientifiques aujourd'hui retrouvent ainsi des corps de personnes qui ont vécu il y a très très très longtemps, et c'est incroyable car cela nous apprend plein de choses sur la manière dont ces gens-là vivaient avant.

Mais autour des momies, les gens imaginent parfois une chose qui n'est pas vrai : ils imaginent des momies vivantes. Ce qui n'est pas possible, bien sûr, cela n'existe pas : les momies sont des corps morts. Et comme à Halloween, les gens imaginent des choses autour de la mort, on représente parfois des momies sur les décorations d'Halloween."


Bon, jusqu'à présent, aucune terreur liée aux momies n'est à déplorer. A vrai dire, comme souvent, mes enfants ont écouté mon explication avec attention, puis ont eu l'air de zapper complètement. 

"Oui, d'accord, bon... On peut t'aider à préparer les momies ?"

Vous croyez que je parle trop, parfois ??? 😄


Pour moi, Halloween n'est pas du tout une fête enfantine ; c'est une fête pour adolescents. A l'adolescence, l'intégrité du soi est souvent menacée, et l'angoisse est un trait dominant de la vie affective du jeune qui voit s'opérer de profonds changements en lui-même et dans sa relation au monde. Jouer avec ses démons est alors salutaire, quand c'est pour de faux. Et puisque c'est pour de faux, on affuble la cérémonie de certains détails enfantins, qui rassurent autant qu'ils amusent. De là à en déduire qu'Halloween est une fête pour enfants...


Fort heureusement, il est très facile de créer une ambiance agréable et poétique autour d'Halloween : dans notre pays, la tradition n'est pas (encore ?) à ce point (ré-) ancrée que les gens se promènent dans la rue avec des maquillages dignes de films d'épouvante... Finalement, les plus grands dangers auxquels sont exposés nos enfants à cette période sont peut-être l'orgie de bonbons et la débauche de gadgets 100% plastique... Quoique nul ne soit à l'abri : figurez-vous que dans mon petit super-marché bio local, le masque de Scream siègeait au milieu du rayonnage de coloquintes... Saisissant... Je fus bien heureuse de ne pas être accompagnée !


Halloween, finalement, c'est la fête du "faire semblant". Quand on a vingt ans, on fait semblant d'avoir peur, et on fait semblant d'être mort. Disons qu'avant dix ans, le but du jeu est avant tout de jouer à être quelqu'un d'autre - ou autre chose. 

"C'est Halloween ! Courez vous déguiser ! Que voulez-vous être, aujourd'hui ?"

Ici, c'est en tigre et en lion que les enfants voulurent se grimer - le diablotin et le fantôme sont restés dans la malle... mais seront peut-être de sortie à Noël ou au 14 juillet ! 😄


A Halloween, toutes les occasions sont bonnes pour se cacher dans une encoignure et en surgir en criant "BOUUUUH !" - et si on parvient à faire sursauter ce géant qu'est Papa, on a gagné. C'est un peu le pendant des poissons du mois d'avril qu'on accroche furtivement dans le dos ...


A Halloween,  tous les membres de la famille ont des panoplies anti-fantômes invisibles (boucliers, rayons laser, sorts magiques...) que l'on dégaine avec fracas dès qu'une décoration grimaçante se présente - dans la rue, chez des amis, ou dans notre petit magasin bio face au rayonnage de coloquintes... 😉


Le message éducatif est toujours le même : il est normal d'avoir peur ! Mais nous avons un pouvoir face à cette peur : quel que soit notre âge, nous pouvons faire le tour de notre peur et nous mettre à distance. Nous pouvons même la provoquer chez d'autres personnes - et pourquoi pas chez ce fantôme lui-même... ?


Notre rituel se développe, et s'installe. Cette année, nous avons travaillé plusieurs jours à l'avance sur notre table des saison, de manière à y intégrer des motifs halloweeniens. Notre citrouille 2016 a trôné au milieu, d'abord intacte... Nous ne l'avons évidée qu'au soir du jour J ! Et le lendemain, les enfants ont la surprise de la découvrir remplie de friandises...

Mais l'année prochaine, c'est entendu avec nos petits voisins : nous ferons la tournée des maisons pour récolter des friandises ! Car enfin : à chaque âge ses plaisirs ! 😉


Nous vous quittons avec ces monstrueuses grimaces - le contre-jour laissant toute sa place à l'imaginaire, c'est de circonstance...

Joyeux Halloween !

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