Le palais idéal de Ferdinand Cheval

avril 20, 2016

 

C'était bien un palais, effectivement.


Partout la main de ce facteur, obstiné et taiseux comme les paysans du temps jadis, et qui, soudain, se mit à construire un rêve d'Orient avec les moyens du bord.


Il y avait un lion caprin qui surgissait du mur, et qui semblait à la fois enfantin et terrible, avec ses yeux vivants et ses griffes de nacre.


En réalité, c'était un tout un bestiaire pétrifié : pélican, aigle et cerf, ours placide, caïman surnaturel et pieuvre tentaculaire...


On ne sait d'ailleurs pas trop s'il s'agit d'une vraie pieuvre, ou si ce sont juste ses tentacules,qui se promènent toutes seules.
 

La promenade continue : voici quelques écritures – messages plus ou moins codés, comme le reste.
 

Les animaux et les personnages sont légendés d'une main malhabile, comme autant de graffitis.


Les sentences pompeuses recèlent des sagesses secrètes.


Nous découvrons que les murs sont des livres amalgamés et méconnaissables, des livres gris aux reliures de chaux et de ciment, des livres enchaînés à leurs étagères, des livres serrés, fondus les uns dans les autres en de grotesques bourrelets un peu ivres, qui ne savent plus où donner de la tête.


Les enfants dévalent les escaliers de ce palais inhabitable, et l'imagination s'emballe.


Tout ce que nous avons toujours souhaité est là, entre ces murs magiques : des défenses de sangliers et des griffes de tigre du Bengale, une table des quatre saisons vaste comme un autel, six peaux de couleuvres vivantes, des nids de guêpes sauvages, des prismes de verre, une ruche grandeur nature, des hérissons en feutrine douce, un petit merluchon qui pleure à petits cris, des bonnes fées dans tous les coins, des cocons de chenilles momifiés classés par catégories, des feuilles de toutes les essences, des armes antiques qui n'ont pas été encore inventées, des bâtons à racines, des tiroirs à malice, des fumées d'encens, des mandragores, des bouquets de plumes de paon, un astrolabe, des bottes de pluie, quelques super-héros, des sacs-à-main, des tire-bouchons, des fourmilières, de l'encre de toute les couleurs, des ciseaux géants, une médaille d'or, le portrait d'Harry Potter, quelques ordinateurs, un nid de souris martiennes, le crâne de Gandhi, des vitraux de toutes tailles, des liqueurs veloutées, des porcelaine de Chine, la dernière édition de l'Encyclopédie universelle, des dizaines de boites de peinture, les globes de tous les mondes connus et inconnus, des milliards de fossiles, un chaudron de sorcière, et la plus longue phrase de ce blog. 😉


Et bien que nous ayons sans doute rêvé cette dernière partie, nous sommes tous tombés d'accord : le palais du facteur ferait un atelier idéal…


Tellement Reggio, n'est-il pas ? 😉

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