Des bonnes manières

février 23, 2016


Croyez-le ou non, je me suis très longtemps posé la question en tant que parent :
"La politesse, ça sert à quoi ??"

Une partie de moi-même refusait d'envisager une seule seconde que mes enfants puissent manquer de "savoir vivre" et une autre éprouvait un léger malaise à l'idée de les éduquer en vue de cet objectif... Ajoutez à cela que je ne suis pas totalement opposée au fait qu'ils cultivent un petit côté "rebelle"... Et vous aurez une idée de la salade qui me servait de cerveau dès que j'approchais cette question il y a encore quelques semaines.

J'ai analysé la chose : c'est que je ressentais, dans ma propre enfance, les demandes des adultes en matière de "bon ton" ("Dis bonjour à la dame ! Dis merci !", etc.) comme une véritable humiliation. Je n'aurais pas eu un plus piètre sentiment de moi-même si on m'avait demandé de lécher les chaussures des passants... Comment les choses s'étaient-elles donc construites pour que j'ai ce sentiment, mystère... :-/

N'allez pas en déduire que j'étais une enfant impolie ! Non ! J'étais simplement trèèès timide (je le suis toujours) et s'il m'arrivait de manquer de civilité, c'était toujours par omission, terrassée que j'étais par le respect que m'inspiraient les adultes, et que les formules qu'on exigeait de moi ne me permettaient pas d'exprimer.

Ce sentiment étant encore vif en moi aujourd'hui (rassurez-vous, je suis devenue une grande personne tout à fait polie, même avec les gens que je n'aime pas !), j'abordais cette question, en tant qu'éducatrice, avec une certaine méfiance...


Mais il y a quelques semaines, je fus stupéfaite de m'entendre répéter comme un disque rayé: "Comment demande-t-on ? Tiens-toi droit ! Ferme la bouche quand tu manges ! Dis bonjour à la nounou !", etc.

Cette attitude a duré plusieurs jours, et puis je me suis aperçue que je me faisais peur ! :-D


Bon, j'ai réfléchi, et maintenant, je sais à quoi ça sert d'être poli. Être poli, c'est maitriser des codes, qui permettent de répondre de manière appropriée à diverses situations sociales. La civilité est une manière de modéliser ses émotions - et les émotions des autres - et de les mettre à distance. Vu sous cet angle, la politesse devient un domaine d'apprentissage absolument primordial dans le développement social de l'enfant.


Une fois la question du "Pourquoi ?" réglée, se pose celle du "Comment ?". Vous l'avez compris, je ne suis pas une grande fan de la méthode "perroquet" (ou "disque rayé") qui met tout le monde sur les nerfs, nimbe l'ambiance de violence latente, et ne se révèle pas d'une efficacité redoutable (sans quoi, nous arrêterions assez vite de répéter, n'est-ce pas ?).

Voici mon plan d'action dans ce domaine - il vaut ce qu'il vaut, encore une fois, je ne suis pas une spécialiste des bonnes manières !


Tout d'abord, j'ai déterminé les règles de courtoisie qu'il était important pour moi que nous respections dans notre famille. J'ai soumis cette liste à mon homme, et nous en avons discuté. Une fois d'accord sur tous les termes, j'ai tapé notre charte, je l'ai imprimée et affichée sur notre réfrigérateur. 


Les règles décrites sur cette liste sont destinées à tous - et en priorité, aux adultes. Je pars du principe que si nous les respectons, nos enfants les respecteront aussi - en réalité, j'en ai déjà la preuve. Et de penser à la manière dont les enfants s'imprègnent des gestes des adultes qui les entourent, ça m'a fait penser à Maria Montessori.

J'ai donc relu quelques passages de la Pédagogie scientifique. L'enseignement "de la grâce et de la courtoisie" est une section des leçons de Vie pratique dans laquelle trouve des pistes concrètes. Par exemple, il est facile (et ludique !) de jouer certaines scènes avec les enfants - on peut aussi mobiliser poupées, figurines et autres marionnettes. Je trouve que c'est une méthode particulièrement efficace pour tous les codes sociaux - apprendre à réagir face aux attentes des autres. Car enseigner à dire "Bonjour Madame" en regardant la personne dans les yeux, c'est super abstrait quand on y pense. Les petits jeux de rôle permettent de montrer exactement comment faire : l'adulte mime (et on rigole bien), les doudous rivalisent de politesse - et on rigole bien, surtout qu'il y en a toujours un dans le lot qui fait tout de travers,  et ça !! C'est tordant !! :-D


Tous les jeux d'imitation (jouer à la poupée, à la dinette...) sont d'excellentes occasions d'user et d'abuser des conventions sociales. C'est en jouant à la marchande que je me suis d'ailleurs aperçue que mes enfants maitrisaient le vouvoiement, qu'ils ont peu l'occasion de pratiquer dans la vraie vie... ;-)


Enfin, fidèle à mon grand principe (c'est en jouant qu'on apprend !!), je suis partie en quête de petits jeux sur le sujet. J'ai trouvé un loto rétro chez Si Tu Veux (Jouer), et ces planches sympathiques de la talentueuse Marie Paruit , que j'ai imprimées en double pour fabriquer un Mémory.

Ces jeux ont un avantage de taille : ils permettent de parler de ces règles conventionnelles. Les images qui représentent chaque "loi" s'inscrivent dans la mémoire visuelle. On les décrit. On évoque les situations où ces "bonnes manières" peuvent être utiles. On relativise : certaines de ces règles sont vieillottes, et d'autres ne s'appliquent tout simplement pas chez nous. On explicite les situations, on explique le vocabulaire, on donne des exemples... 

Les enfants en sont très friands, et ont intégré les règles de politesse en quelques parties (même certaines, franchement complexes, du petit loto désuet).  Bon, de là à ce qu'ils les appliquent dans leur corps, il faudra certainement quelques années - mais connaitre les règles, savoir les expliquer et les jouer, me semble être un premier petit pas dans ce sens. ;-)


Je clos cet article par les deux règles d'or du parent bienveillant - vous les connaissez, mais serez certainement d'accord avec moi pour dire qu'elles ne sont pas toujours faciles à appliquer :

1. Ne faire aucun reproche à l'enfant sur son manque de courtoisie. Si vous en doutez, aboyer : "Et le mot magique ?" toutes les cinq minutes, C'EST faire un reproche. ;-)

Et surtout : aucune remarque désobligeante en public.

Mes enfants ont du mal à saluer les adultes que nous rencontrons : je prends le relai en regardant l'enfant, puis la personne, comme pour assurer entre eux ce lien que mon enfant ne peut instaurer. Et je dis à sa place : "Bonjour, Monsieur !" - tout comme j'ajoute les "S'il te plait Maman/Merci Maman" manquants à la fin de leurs phrases...

Après tout, il n'y a pas de quoi en faire une maladie. ;-)


2. Si l'enfant a un comportement adéquat, ne pas le complimenter ("Oh, c'est bien ! Tu me fais plaisir !", etc.), mais décrire son action de manière objective et détaillée : "Tu as dit "Bonjour Monsieur" en regardant le facteur dans les yeux, comme on avait dit."

Allez, au boulot, les adultes ! ;-) 

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2 commentaires

  1. Bonjour, Je reçois la newsletters mais les articles date de 2016, est ce normal ?
    Cordialement

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    1. Oui, c'est normal, car je procède à des mises à jour. N'hésitez pas à vous désabonner - vous pourrez toujours vous réinscrire plus trad. Désolée pour le dérangement. :-)

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